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Violence contre les femmes en Tunisie : Un fléau insidieux défiant les lois et l’égalité

Violence contre les femmes en Tunisie : Un fléau insidieux défiant les lois et l’égalité

Violence contre les femmes en Tunisie : Un fléau insidieux défiant les lois et l’égalité

Malgré les efforts déployés par la Tunisie pour favoriser l’égalité des sexes depuis son indépendance, la violence basée sur le genre continue de planer comme une menace persistante. Cette problématique dépasse largement les frontières d’un simple enjeu sociétal, constituant une violation grave des droits humains et entravant le progrès global du développement.

La vérité amère de la violence envers les femmes

Les résultats de l’enquête nationale sur la violence à l’égard des femmes en Tunisie, dévoilés par l’Institut National de la Statistique (INS) et le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), révèlent la persistance de ce fléau, malgré les avancées légales accomplies.

Dans un effort visant à orienter les politiques et les actions publiques de manière plus efficace, l’INS a conduit une enquête nationale sur la violence à l’égard des femmes âgées de 15 à 74 ans, s’étalant de fin 2022. L’échantillon, représentatif au niveau des grandes régions (District de Tunis, Sud Est, Sud-Ouest, Centre Ouest, Centre Est, Nord-Ouest, et Nord-Est), comprenait 11 610 ménages.

Cependant, il est à noter que dans le cadre de cette enquête, la violence conjugale a été limitée aux femmes non célibataires (mariées, veuves et divorcées).

Les adolescentes et les jeunes femmes en ligne de mire

Durant les 12 mois précédant l’enquête, la violence a touché :

  • Des étudiantes : 80%
  • Des jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans : 73,7%
  • Des femmes ayant un niveau d’instruction supérieur : 70%
  • Des femmes célibataires : 67,4%
  • Des femmes qui travaillent : 63,2% des femmes qui travaillent,
  • Des femmes du milieu urbain : 59,7%
  • Des femmes du milieu rural : 51%

Les chiffres de cette enquête dévoilent une réalité préoccupante : 84,7% des femmes interrogées déclarent avoir été victimes d’au moins un acte de violence depuis l’âge de 15 ans, et 57,1% ont signalé un épisode au cours des 12 mois précédant l’enquête.

En outre, 42,7% des femmes mariées, divorcées, ou veuves ont été victimes d’au moins un acte de violence de la part de leur mari ou ex-mari.

Prévalence de la violence

Avec 57,3% pour tous types de violences confondues, c’est la violence morale qui domine avec 49,3% au cours des 12 mois précédant l’enquête. Elle est suivie de la violence psychologique (44,4%), la violence verbale (26,7%), la violence sexuelle (15,6%), la cyberviolence (14,4%) la violence économique (11,4%), et enfin, la violence physique (5,3%).

Les différences régionales

Les femmes ayant subi au moins un acte de violence depuis l’âge de 15 ans sont du :

  • Nord-Est : 94,7%
  • Centre-Est : 90,9%
  • Centre-Ouest : 86,8%
  • Grand-Tunis : 85,5%
  • Nord-Ouest : 76,1%
  • Sud-Ouest : 72,1%
  • Sud-Est : 66,3%

Les femmes ayant subi au moins un acte de violence les 12 derniers mois sont du :

  • Nord-Est : 70,2%
  • Centre-Est : 62,3%
  • Grand-Tunis : 61,4%
  • Centre-Ouest 49,9%
  • Nord-Ouest :49,4%
  • Sud-Ouest :43,9%
  • Sud-Est : 38,6%

Cyberharcèlement : violences virtuelles, conséquences réelles

« Les technologies modernes ont créé de nouveaux espaces pour la violence et l’intimidation, avec des conséquences souvent dévastatrices pour les victimes, en particulier les jeunes adolescentes. », souligne l’INS dans un communiqué.

Durant les 12 mois précédant l’enquête, l’INS a recensé 14,4% des actes de violence se sont déroulés dans l’espace virtuel, notamment sur les réseaux sociaux et via messageries. Près d’un tiers des femmes déclarent avoir subi au moins d’un épisode de harcèlement sexuel durant les 12 mois précédant l’enquête, notamment sur internet.

L’enquête met en lumière le risque significatif de violence électronique/cybernétique pour les adolescentes de 15 à 17 ans, très actives sur les réseaux sociaux avec 83,4% utilisant Facebook, 68,6% TikTok, 65,7% Instagram, 51,4% WhatsApp.

Ces jeunes femmes sont exposées aux dangers, avec près de la moitié (47,9%) se connectant avec des personnes inconnues. Plus d’un tiers des adolescentes (37,1%) ont été victimes d’au moins un acte de violence électronique/cybernétique au cours des 12 mois précédant l’enquête.

Reconnaitre les types de violences pour mieux se protéger

La violence physique comprend « tout acte nuisible ou de sévices portant atteinte à l’intégrité ou à la sécurité physique de la femme ou à sa vie, tels que les coups, coups de pieds, blessures, poussées, défiguration, brûlures, mutilation de certaines parties du corps, séquestration, torture et homicide ».

La violence sexuelle est « tout acte ou parole dont l’auteur vise à soumettre la femme à ses propres désirs sexuels ou aux désirs sexuels d’autrui, au moyen de la contrainte, du dol, de la pression ou autres moyens, de nature à affaiblir ou porter atteinte à la volonté, et ce, indépendamment de la relation de l’auteur avec la victime ». La violence sexuelle couvre tous les actes de contact sexuel abusif, l’engagement forcé dans des actes sexuels, la tentative ou l’accomplissement d’actes sexuels avec une femme sans son consentement, dont le viol et la tentative de viol, le harcèlement sexuel, les attouchements non désirés, l’inceste, etc.

La violence morale dite aussi violence émotionnelle, est une forme de violence ou d’abus envers autrui sans qu’une violence physique soit mise en œuvre directement. Elle comprend « toute agression verbale, telle que la diffamation, l’injure, la contrainte, la menace, l’abandon, la privation des droits et des libertés, l’humiliation, la négligence, la raillerie, le rabaissement et autres actes ou paroles portant atteinte à la dignité humaine de la femme ou visant à l’intimider ou la dominer ».

La violence économique est « tout acte ou abstention de nature à exploiter les femmes ou les priver des ressources économiques, quel qu’en soit l’origine, tels que la privation des fonds, du salaire ou des revenus, le contrôle des salaires ou revenus et l’interdiction de travailler ou la contrainte à travailler ». Cette forme de violence inclut aussi tout acte d’abus, d’exploitation, ou de discrimination (en termes de rémunération salariale, de promotion, de formation, ou par des menaces de licenciement injustifiées, etc.) qui peuvent entraîner des conséquences négatives sur la situation financière et professionnelle de la femme, et sur son bien-être de manière générale.

La violence cybernétique (ou électronique ou cyberviolence) concerne tout acte de violence fondée sur le genre commis ou facilité par l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) telles que les téléphones fixes ou portables et les smartphones, Internet, les plateformes des médias sociaux ou les courriers électroniques. L’INS précise que ce type de violence n’a pas été mentionné dans le cadre de la loi 58, mais avec le développement des réseaux sociaux et l’augmentation de son niveau d’utilisation notamment par les jeunes et l’expansion de ses risques, l’INS a tenté à travers cette enquête de mesurer ce type violence et de mettre en exergue son importance et ses risques.

La violence conjugale est « tout comportement au sein d’une relation intime qui cause un préjudice ou des souffrances physiques, psychologiques ou sexuelles aux personnes qui sont parties à cette relation », ce qui inclut l’agression physique, les relations sexuelles sous contrainte, la violence psychologique et tout autre acte de domination.

La violence non-conjugale est tout acte de violence physique, verbale, psychologique, sexuelle, ou économique hors relation intime et qui est exercé par une tierce personne autre que le partenaire ou l’ex-partenaire. La violence dans le contexte familial basée sur le genre désigne l’exercice ou la menace d’exercer une violence physique, morale, sexuelle ou économique au sein d’une autre relation familiale, y compris les relations avec les membres de la belle-famille.

 

Face à cette réalité, plusieurs lois ont été introduites ces dernières années pour renforcer l’égalité des sexes, éliminer la discrimination basée sur le genre, et garantir l’intégrité physique et morale de chaque individu, tel que démontré par la loi organique N°2017-58 du 11 août 2017 relative à l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

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Leïla Ben Mansour

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